Après un arrêt de travail, le retour dans l’entreprise ne se résume pas à reprendre son poste comme si rien ne s’était passé. Selon la durée et l’origine de l’arrêt, une visite de reprise peut être obligatoire. Avant même la fin de l’arrêt, une visite de pré-reprise peut permettre de préparer des aménagements et d’éviter une reprise vouée à l’échec.
Quelle différence entre visite de pré-reprise et visite de reprise ?
La pré-reprise se déroule pendant l’arrêt de travail. Elle sert à anticiper le retour : aménagement du poste, adaptation des horaires, reclassement ou formation.
La visite de reprise intervient à l’occasion du retour au travail dans les situations où elle est obligatoire. Elle permet au médecin du travail de vérifier la compatibilité du poste avec l’état de santé, de proposer des adaptations et, si nécessaire, d’envisager une inaptitude.
Dans quels cas la visite de reprise est-elle obligatoire ?
Pour les arrêts ayant débuté depuis le 1er avril 2022, la visite de reprise est notamment obligatoire :
- après une maladie ou un accident non professionnel ayant entraîné un arrêt d’au moins 60 jours ;
- après un accident du travail ayant entraîné un arrêt d’au moins 30 jours ;
- après une maladie professionnelle, quelle que soit la durée de l’arrêt ;
- après un congé maternité.
Ces seuils sont importants : un arrêt maladie ordinaire de 20 ou 40 jours n’entraîne pas automatiquement une visite de reprise, même si le salarié peut demander à rencontrer la médecine du travail dans d’autres cadres.
Une exception existe depuis juin 2026. Sauf demande du médecin du travail, de l’employeur ou du salarié, la visite de reprise n’est pas requise lorsque le salarié a bénéficié d’une visite de pré-reprise dans les trente jours précédant sa reprise effective et que le médecin du travail a conclu qu’aucun aménagement du poste ou du temps de travail n’était nécessaire pour cette reprise.
Cette nouvelle règle résulte du décret du 12 juin 2026 et s’applique aux arrêts de travail délivrés à compter du lendemain de sa publication. Avant de reprocher à l’employeur de ne pas avoir organisé une visite de reprise, il faut donc désormais vérifier si cette exception pouvait s’appliquer.
Qui doit organiser la visite de reprise ?
C’est l’employeur qui contacte le service de prévention et de santé au travail. La visite doit avoir lieu au plus tard dans les 8 jours suivant la reprise.
Le temps consacré à la visite est rémunéré comme du temps de travail effectif. Si elle ne peut pas se dérouler pendant les horaires habituels, par exemple pour un salarié de nuit, le temps nécessaire aux examens reste rémunéré.
À quoi sert la visite de pré-reprise ?
La pré-reprise permet d’intervenir avant que le salarié ne se retrouve de nouveau à son poste dans les mêmes conditions qu’avant l’arrêt. Le médecin du travail peut recommander :
- un aménagement ou une adaptation du poste ;
- des mesures d’organisation ou d’horaires ;
- des préconisations de reclassement ;
- une formation permettant une réorientation professionnelle.
Pour les arrêts de plus de 30 jours, un rendez-vous de liaison peut également être proposé entre le salarié et l’employeur, avec participation du service de santé au travail. Ce rendez-vous est facultatif et ne remplace ni la pré-reprise ni la reprise.
L’employeur peut-il demander lui-même une pré-reprise pendant l’arrêt ?
La visite de pré-reprise n’est pas à l’initiative de l’employeur. Pendant l’arrêt, elle peut être demandée par le salarié, le médecin traitant ou le médecin-conseil de la Sécurité sociale. L’employeur peut en revanche participer à un rendez-vous de liaison et doit organiser la visite de reprise lorsqu’elle est obligatoire.
Que se passe-t-il si le poste doit être aménagé ?
Le médecin du travail peut formuler des préconisations concrètes : adaptation de certaines tâches, limitation de manutention, horaires modifiés, télétravail, reprise progressive ou autre organisation. L’employeur doit examiner sérieusement ces préconisations.
Un désaccord sur les mesures proposées ou l’impossibilité de reprendre le poste peut conduire à une procédure distincte d’inaptitude et de reclassement.
Temps partiel thérapeutique : comment s’articule-t-il avec la reprise ?
Le médecin traitant peut prescrire une reprise à temps partiel pour motif thérapeutique lorsque cette organisation favorise l’amélioration de l’état de santé ou une réadaptation professionnelle. Le dispositif suppose ensuite des démarches auprès de la caisse et de l’employeur, ainsi qu’une articulation avec la médecine du travail.
Le temps partiel thérapeutique n’est pas nécessairement la continuation immédiate d’un arrêt complet : il peut aussi être envisagé après une reprise à temps plein si l’état de santé le justifie.
Que faire si l’employeur n’organise pas la visite obligatoire ?
Écrivez rapidement à l’employeur pour rappeler la date de fin de l’arrêt et demander l’organisation de la visite. Conservez l’arrêt de travail, le courriel de reprise, les convocations et toute demande d’aménagement.
Lorsque la visite de reprise reste juridiquement obligatoire, son absence peut avoir des conséquences beaucoup plus importantes qu’un simple retard administratif.
La Cour de cassation l’a rappelé le 14 janvier 2026 (Cass. soc., n° 24-19.652). L’employeur connaissait la date à laquelle l’arrêt de travail du salarié devait prendre fin mais n’avait pas organisé l’examen de reprise alors exigé par les textes applicables à cette époque. Il avait ensuite adressé plusieurs demandes de reprise ou de justification d’absence avant de licencier le salarié pour abandon de poste et absence injustifiée.
La Cour de cassation censure cette analyse : faute de visite de reprise, le contrat de travail demeurait suspendu. Dans les circonstances de l’affaire, l’absence reprochée au salarié ne pouvait donc pas constituer la faute invoquée pour justifier le licenciement.
Il faut cependant manier cette décision avec précision. L’affaire était régie par une ancienne version de l’article R. 4624-31, qui prévoyait notamment un seuil différent pour certaines absences non professionnelles. Il serait donc erroné de reprendre aujourd’hui les durées mentionnées dans l’arrêt.
En 2026, il faut d’abord appliquer la version actuelle du texte : vérifier la nature et la durée de l’arrêt, puis rechercher si une pré-reprise récente a eu lieu et si l’exception entrée en vigueur en juin 2026 peut s’appliquer. Ce n’est qu’après cette vérification que l’on peut déterminer si l’employeur était effectivement tenu d’organiser une visite de reprise.
Si cette visite était obligatoire, conservez la date de fin de l’arrêt, la preuve que l’employeur la connaissait, l’éventuelle convocation médicale, les échanges concernant votre retour et tous les courriers vous reprochant ensuite de ne pas avoir repris le travail. La chronologie peut modifier complètement l’analyse d’une sanction ou d’un licenciement prononcé immédiatement après l’arrêt.
Si votre arrêt est lié à un burn-out ou à une dégradation des conditions de travail, la reprise médicale et la stratégie juridique doivent être pensées ensemble : reprendre sans aucun aménagement peut parfois aggraver la situation.