Vous serrez les dents en journée ou pendant votre sommeil, votre mâchoire devient douloureuse, vous avez des craquements ou un trouble de l’articulation temporo-mandibulaire alors que votre travail est devenu extrêmement stressant ? Le rapprochement est tentant. Mais sur le plan médical comme sur le plan juridique, il faut éviter une conclusion trop rapide.
Sommaire
- Qu’appelle-t-on bruxisme ?
- SADAM et troubles de l’ATM : de quoi parle-t-on ?
- Quel lien avec le stress et l’anxiété ?
- Peut-on faire reconnaître le bruxisme ou un trouble ATM comme maladie professionnelle ?
- Pourquoi ce sujet apparaît dans les dossiers de cadres sous pression ?
- Quelles preuves conserver ?
- Bruxisme, burn-out et contentieux du travail
Qu’appelle-t-on bruxisme ?
Le terme est couramment utilisé pour désigner une activité répétée des muscles de la mâchoire, pouvant se manifester notamment par un serrement ou un grincement des dents. Elle peut survenir pendant l’éveil ou pendant le sommeil. Les conséquences sont variables : douleurs musculaires, fatigue de la mâchoire, usure dentaire ou gêne au réveil, mais toutes les personnes ne présentent pas les mêmes signes.
Un salarié qui constate ces symptômes ne doit pas s’auto-diagnostiquer une maladie professionnelle : le premier interlocuteur reste le professionnel de santé compétent, notamment le chirurgien-dentiste ou le médecin selon les symptômes.
SADAM et troubles de l’articulation temporo-mandibulaire : de quoi parle-t-on ?
L’articulation temporo-mandibulaire, ou ATM, relie la mandibule au crâne. Des troubles temporo-mandibulaires peuvent se manifester par des douleurs, une limitation ou gêne à l’ouverture de la bouche, des craquements ou des douleurs musculaires de la région mandibulaire.
Le terme SADAM — syndrome algo-dysfonctionnel de l’appareil manducateur — reste employé dans le langage courant et certains parcours de soins. Il ne faut toutefois pas présenter tout trouble de l’ATM comme la conséquence certaine d’un bruxisme : plusieurs facteurs peuvent intervenir et l’évaluation clinique doit rester individualisée.
Stress professionnel, anxiété et bruxisme : quel lien peut-on invoquer ?
Le stress et l’anxiété peuvent faire partie des facteurs associés au bruxisme ou à certaines douleurs temporo-mandibulaires. La Haute Autorité de santé mentionne d’ailleurs, dans ses travaux récents concernant l’évaluation d’acouphènes, l’intérêt de rechercher notamment un bruxisme, des douleurs de l’ATM et l’état psychique incluant stress ou anxiété.
Mais « associé » ne signifie pas « causé avec certitude ». Pour un dossier lié au travail, il faut documenter la chronologie : les symptômes ont-ils commencé après une modification professionnelle précise ? s’aggravent-ils pendant les périodes de surcharge ? diminuent-ils pendant les congés ou un arrêt ? existe-t-il d’autres facteurs médicaux ou personnels ?
Le bruxisme ou un SADAM peuvent-ils être reconnus comme maladie professionnelle ?
Il n’existe pas de tableau de maladie professionnelle spécifiquement consacré au bruxisme lié au stress ou au SADAM lié au stress professionnel. Une éventuelle demande de reconnaissance devrait donc être examinée, selon la pathologie médicalement caractérisée et la situation, dans le régime des maladies non désignées dans un tableau.
Ce régime est exigeant : l’article L. 461-1 impose que la maladie soit essentiellement et directement causée par le travail habituel et qu’elle entraîne le décès ou une incapacité permanente atteignant le seuil réglementaire. L’article R. 461-8 fixe actuellement ce seuil à 25 %.
En pratique, cela signifie qu’un salarié peut parfaitement souffrir d’un bruxisme ou d’un trouble de l’ATM réellement aggravé dans un contexte professionnel sans pour autant remplir les conditions très strictes d’une reconnaissance comme maladie professionnelle hors tableau. Il est donc important de ne pas promettre une reconnaissance qui serait juridiquement incertaine.
Pourquoi ce sujet peut apparaître chez des cadres et managers sous forte pression ?
Le sujet mérite une attention particulière dans les emplois où le salarié vit une tension professionnelle durable : objectifs élevés, responsabilité financière ou managériale, sollicitations permanentes, disponibilité tardive, conflits internes ou crainte de perdre une part variable importante de la rémunération.
Il ne faut pas en déduire que le bruxisme toucherait nécessairement davantage les cadres que les autres salariés. En revanche, chez un cadre qui consulte pour douleurs de mâchoire parallèlement à un épuisement, une anxiété ou des troubles du sommeil, cette chronologie peut devenir un élément utile du dossier médical et professionnel.
Quelles preuves conserver si vous pensez que le travail joue un rôle ?
Le dossier peut comporter deux familles de pièces.
Éléments médicaux : compte rendu du dentiste ou du spécialiste, diagnostic précis, examens, photographies ou constat d’usure dentaire lorsqu’ils existent, prescription d’une gouttière, traitements, consultations pour douleurs ATM, troubles du sommeil, anxiété ou dépression.
Éléments professionnels : courriels tardifs, objectifs, tableaux de charge, horaires, alertes au manager ou au médecin du travail, changements de fonctions, évaluations, témoignages et toute pièce permettant de dater une période de pression anormale.
Ce rapprochement doit rester factuel : un chirurgien-dentiste décrit la pathologie et son évolution ; les preuves du fonctionnement de l’entreprise viennent des documents professionnels. Pour la conservation des éléments, voir les preuves utilisables en droit du travail.
Bruxisme, burn-out et contentieux du travail : plusieurs questions différentes
Un bruxisme ou un trouble ATM peut coexister avec un burn-out, une dépression ou une anxiété. Cela peut justifier d’examiner plus largement les risques psychosociaux et la santé du salarié, sans transformer automatiquement chaque symptôme en maladie professionnelle.
Pour la reconnaissance d’une pathologie psychique, consultez burn-out, dépression et maladie professionnelle. Si le contexte comporte humiliations, dénigrement ou méthodes de management dégradant les conditions de travail, la question du harcèlement moral peut être distinctement analysée. Enfin, une incapacité à reprendre le poste peut conduire à la médecine du travail et, éventuellement, à la procédure d’inaptitude.
