
Votre avocat ne répond plus à vos messages. Vous découvrez trois semaines avant l’audience qu’aucune conclusion n’a été déposée. Ou vous avez simplement perdu confiance et vous ne vous sentez plus défendu. Changer d’avocat en cours de procédure est un droit, et vous n’avez à vous en justifier auprès de personne.
La vraie question n’est donc pas de savoir si vous pouvez le faire, mais quand et comment, parce que ces deux paramètres déterminent ce qu’il reste possible de sauver. J’exerce depuis 2011 au Barreau de Paris, dans un exercice exclusivement consacré à la défense des salariés, et je reprends régulièrement des dossiers en cours de procédure prud’homale. Je vous expose ici les délais réels, le fonctionnement de la transmission, la question des honoraires, et ce qu’il ne faut surtout pas attendre d’un renvoi d’audience.
- Vous pouvez changer d’avocat à tout moment et sans motif, y compris après la saisine du conseil de prud’hommes.
- Au-delà d’une semaine avant l’audience, une reprise devient difficile et suppose un travail en urgence.
- Ne comptez pas sur un renvoi : il est décidé par le juge, jamais acquis d’avance.
- Deux avocats peuvent être rémunérés : celui qui part pour le travail accompli, celui qui reprend pour la suite.
- En cas de doute sur le délai, appelez le cabinet sans attendre : quelques jours changent tout.
Sommaire
- Un droit qui ne se justifie pas
- Les situations qui conduisent à changer
- Combien de temps avant l’audience
- La transmission du dossier
- Les honoraires : deux avocats, deux facturations
- Le renvoi d’audience : ce qu’il ne faut pas en attendre
- Reprise en urgence : comment je procède
- Changer après un jugement défavorable
- Note personnelle de Maître Sylvanie Ngawa
- Questions Fréquentes
Un droit qui ne se justifie pas
Le libre choix de son avocat est un principe fondamental. Vous n’avez pas à motiver votre décision, ni à obtenir l’accord de qui que ce soit : ni de votre avocat actuel, ni du conseil de prud’hommes, ni de la partie adverse.
Concrètement, la procédure se poursuit sans interruption. Le nouvel avocat se constitue au dossier, informe le confrère qu’il dessaisit, et prend le relais. La juridiction en est informée, mais elle n’a rien à autoriser.
Beaucoup de salariés hésitent par crainte de « froisser » leur avocat, ou par peur que cela nuise à leur dossier. Cette crainte n’est pas fondée. Un changement d’avocat est un acte ordinaire de la vie judiciaire, et il se déroule entre confrères selon des règles déontologiques précises, sans que le client ait à gérer quoi que ce soit.
Ce qui nuit à un dossier, en revanche, c’est de rester des mois avec un avocat qui ne le travaille pas.
Les situations qui conduisent à changer
Dans les dossiers que je reprends, les motifs reviennent avec une régularité frappante.
- L’avocat ne répond plus. Messages sans réponse pendant des semaines, appels non retournés, absence de nouvelles sur l’avancement. C’est de loin le motif le plus fréquent, et le plus inquiétant, parce qu’il coïncide souvent avec un dossier qui n’avance pas.
- L’indisponibilité durable : maladie, arrêt prolongé, cessation d’activité, décès. Le cabinet du confrère doit alors transmettre le dossier.
- L’absence de stratégie lisible. Vous ne savez pas ce qui est demandé, ni sur quel fondement, ni combien vous réclamez. Un salarié doit pouvoir expliquer son propre dossier en trois phrases.
- Le désaccord sur l’orientation : votre avocat pousse à transiger quand vous voulez plaider, ou l’inverse.
- Le besoin d’un exercice orienté droit du travail. Un avocat généraliste peut parfaitement mener un dossier prud’homal, mais les règles de calcul des indemnités, les barèmes, les délais de prescription différenciés et les usages des conseils franciliens s’acquièrent par la pratique quotidienne.
- Le dossier mal engagé : pièces égarées, demandes non chiffrées, conclusions déposées hors délai.
Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces lignes, ne remettez pas la décision à plus tard. Le facteur temps est le seul paramètre que vous ne pourrez pas rattraper.
Combien de temps avant l’audience
C’est la question qui détermine tout, et je vais y répondre sans détour.
Une semaine avant l’audience est le seuil pratique. En deçà, une reprise reste possible mais elle suppose un travail intensif et compressé : lecture intégrale du dossier, reconstitution de la chronologie, vérification des pièces communiquées, chiffrage des demandes, rédaction des conclusions, préparation de la plaidoirie. Cela se fait, j’y consacre les nuits qu’il faut, mais cela ne se fait pas bien au-delà d’un certain point de compression.
Plus vous vous y prenez tôt, plus les options restent ouvertes :
- Plusieurs mois avant l’audience : la reprise est confortable. Il est encore possible de compléter les pièces, d’ajouter des demandes oubliées, voire de rouvrir une négociation.
- Un à deux mois avant : la reprise est sereine. La stratégie peut être révisée, les conclusions retravaillées.
- Deux à trois semaines avant : la reprise est tendue mais praticable.
- Moins d’une semaine : reprise en urgence, avec les conséquences décrites plus bas.
Un point souvent ignoré : certaines demandes ne peuvent plus être ajoutées passé un certain stade de la procédure, et certains délais de prescription continuent de courir pendant l’instance. Un dossier repris tardivement est parfois un dossier dans lequel des demandes ont été définitivement perdues. Sur ce point, voir les délais et la prescription devant le conseil de prud’hommes.
La transmission du dossier
Le mécanisme est simple et se règle entre avocats.
Une fois que vous avez choisi votre nouveau conseil, celui-ci informe le confrère qu’il reprend le dossier et sollicite la transmission de l’ensemble des éléments : pièces communiquées, conclusions déposées, correspondances avec la partie adverse, calendrier de procédure, convocations, bordereau de communication de pièces.
Vous n’avez pas à organiser ce transfert vous-même, ni à récupérer les documents en main propre. Cela dit, deux conseils pratiques :
- Conservez de votre côté un double de tout ce que vous avez remis à votre avocat. Contrats, bulletins de paie, courriers, échanges de messages, attestations. Cela accélère considérablement une reprise, et cela vous protège en cas de difficulté de transmission.
- Notez la date de votre audience et communiquez-la dès le premier appel. C’est la première information dont j’ai besoin pour vous dire si une reprise est réaliste.
Une difficulté peut survenir lorsque des honoraires restent dus au confrère. En pratique, le règlement de la situation financière conditionne souvent la fluidité de la transmission. Les documents qui vous appartiennent en propre — ceux que vous avez fournis — doivent en principe vous être restitués. En cas de blocage ou de désaccord sur le montant réclamé, une procédure de contestation devant le bâtonnier existe : c’est un point à examiner au cas par cas.
Les honoraires : deux avocats, deux facturations
Il faut être clair : changer d’avocat coûte généralement plus cher que d’en avoir eu un seul depuis le début.
Deux professionnels peuvent être rémunérés. Le premier pour le travail réellement accompli — et c’est là que les désaccords naissent, quand le client estime que peu de choses ont été faites. Le second pour l’analyse du dossier existant et la conduite de la suite de la procédure.
La reprise en urgence est facturée différemment. Je le dis franchement plutôt que de le découvrir au moment de la convention d’honoraires : une reprise à quelques jours d’une audience mobilise un volume de travail concentré, souvent en soirée et le week-end, et l’honoraire en tient compte. Ce n’est pas une pénalité, c’est la traduction du temps réellement engagé sur une période courte.
Le fonctionnement général des honoraires du cabinet, les formules de forfait et l’honoraire de résultat sont détaillés sur la page consacrée aux honoraires en matière prud’homale. Si votre situation financière est contrainte, plusieurs dispositifs peuvent prendre le relais : voir les solutions de financement de votre défense et la prise en charge par une assurance protection juridique.
Le renvoi d’audience : ce qu’il ne faut pas en attendre
Beaucoup de salariés m’appellent en pensant qu’un changement d’avocat entraîne automatiquement le report de l’audience. Ce n’est pas le cas, et cette croyance conduit à des décisions dangereuses.
Le renvoi relève du juge. Il peut être sollicité, mais il n’est jamais acquis. Le conseil de prud’hommes apprécie librement, en fonction de l’état du dossier, de l’ancienneté de la procédure et de l’attitude des parties. Une juridiction encombrée qui a déjà accordé un ou deux renvois n’en accordera pas un troisième.
Je dois aussi vous dire comment cette question se joue en pratique, parce qu’elle est révélatrice de la culture du contentieux prud’homal. Il arrive fréquemment que l’avocat adverse sollicite un renvoi parce qu’il n’a pas travaillé son dossier, avec des justifications très variables. Il arrive aussi que la partie adverse communique ses conclusions et ses pièces la veille de l’audience, ce qui place le conseil du salarié devant une alternative inconfortable : plaider sans avoir eu le temps d’examiner les éléments, ou demander un renvoi et repartir pour plusieurs mois.
Je refuse systématiquement de consentir à ces demandes de renvoi. Un salarié qui attend son audience depuis un an ou deux n’a pas à financer, par des mois d’attente supplémentaires, l’impréparation de la partie adverse. Lorsque le renvoi est malgré tout demandé au juge, c’est lui qui tranche. Et lorsqu’il est accordé, je ne facture pas d’honoraire supplémentaire à ce titre : ce n’est pas au salarié d’en supporter le coût.
La conclusion pratique est simple : construisez votre décision sur la date d’audience réelle, jamais sur l’espoir d’un report.
Reprise en urgence : comment je procède
Quand un dossier arrive à quelques jours de l’audience, la méthode est toujours la même.
Un premier échange téléphonique, le jour même si possible, pour établir trois choses : la date exacte de l’audience, l’état de la procédure, et ce qui a déjà été communiqué à l’adversaire. Ces trois éléments suffisent à dire si une reprise a du sens.
Un examen des pièces avant tout engagement. Je n’accepte pas un dossier sans l’avoir regardé. Il arrive que je refuse, et je préfère le dire plutôt que de reprendre un dossier que je ne pourrai pas défendre correctement dans le temps disponible. Un refus honnête vaut mieux qu’une reprise de façade.
Une évaluation chiffrée de ce qui est en jeu : indemnités, rappels de salaire, dommages et intérêts. Cette évaluation détermine si la reprise est proportionnée à l’enjeu.
Puis le travail, concentré : reconstitution de la chronologie, vérification du chiffrage, rédaction ou reprise des conclusions, préparation de la plaidoirie. Sur la construction d’un dossier solide, voir ce qui fait la solidité d’un dossier prud’homal.
Vous pouvez appeler le cabinet du lundi au vendredi au 06 68 57 01 02. Si votre audience est proche, dites-le dès la première phrase : cela conditionne tout le reste de l’échange.
Changer après un jugement défavorable
Il n’est pas nécessaire d’attendre un jugement pour changer d’avocat, et c’est même l’erreur la plus coûteuse que je constate. L’appel allonge considérablement les délais, et il se joue sur un dossier déjà constitué en première instance : ce qui n’a pas été demandé ou prouvé devant le conseil de prud’hommes est difficile à rattraper ensuite.
Cela dit, un changement au stade de l’appel garde tout son sens si la première instance s’est mal passée. Le délai pour faire appel est court et strictement sanctionné : c’est la première chose à vérifier. Voir la procédure d’appel après un jugement prud’homal, ainsi que l’appréciation des chances de succès en appel. Le cabinet plaide devant les cours d’appel de Paris et de Versailles.
Si c’est votre employeur qui a fait appel, la situation est différente et se prépare autrement : voir ce qu’il faut faire lorsque l’employeur fait appel.
Note personnelle de Maître Sylvanie Ngawa
Les dossiers que je reprends en urgence ont presque tous la même histoire. Le salarié a attendu. Il a relancé son avocat trois fois, cinq fois, il s’est dit que le silence était normal, que les choses se faisaient sans lui. Puis la convocation est arrivée, et il a compris que personne n’avait travaillé.
Je veux dire une chose à ces salariés : votre gêne n’est pas justifiée. Vous n’avez pas à protéger le confort d’un avocat qui ne vous répond pas, ni à craindre de mal faire en partant. Ce dossier est le vôtre, il porte sur votre emploi, votre salaire, souvent des années de votre vie professionnelle.
Je ne reprends pas tous les dossiers. Quand le délai est trop court pour faire un travail correct, je le dis. Mais quand la reprise est possible, je m’y engage entièrement, y compris tard le soir s’il le faut, parce qu’une audience ne se rejoue pas.
Si vous hésitez, appelez avant de trancher. Un échange de dix minutes suffit à savoir s’il reste du temps. Et s’il n’en reste pas, vous le saurez aussi, ce qui vaut mieux que de le découvrir le jour de l’audience.
Questions Fréquentes
Faut-il se justifier pour changer d’avocat ?
Non. Le libre choix de son avocat est un principe fondamental, et vous pouvez y mettre fin à tout moment sans motiver votre décision. Aucune autorisation n’est requise, ni de votre avocat, ni de la juridiction.
Peut-on changer d’avocat après avoir saisi le conseil de prud’hommes ?
Oui, à tout moment de la procédure. Le nouvel avocat se constitue et informe le confrère dessaisi. La procédure se poursuit sans interruption.
Mon audience est dans quelques jours, est-ce trop tard ?
Pas nécessairement, mais le seuil pratique se situe autour d’une semaine. En deçà, la reprise suppose un travail concentré et l’honoraire en tient compte. Appelez sans attendre : la date exacte de votre audience est le premier élément qui permet de vous répondre.
Changer d’avocat entraîne-t-il le report de l’audience ?
Non. Le renvoi est une décision du juge, jamais un droit acquis. Une juridiction peut parfaitement refuser, notamment si la procédure est déjà ancienne ou si des renvois ont déjà été accordés. Il ne faut donc pas fonder sa décision sur cet espoir.
Mon avocat ne répond plus du tout, que faire ?
Vérifiez d’abord la date de votre prochaine audience, si vous en connaissez une. Rassemblez de votre côté les documents que vous aviez fournis. Puis contactez un nouveau conseil, qui se chargera d’obtenir la transmission du dossier. Si le silence dure et que des honoraires ont été versés, l’Ordre des avocats peut être saisi de la difficulté.
Mon ancien avocat peut-il retenir mon dossier ?
Les documents qui vous appartiennent en propre, ceux que vous avez remis, doivent en principe vous être restitués. En pratique, le règlement des honoraires dus facilite la transmission. En cas de désaccord sur le montant, une procédure de contestation devant le bâtonnier existe.
Combien coûte un changement d’avocat ?
Deux avocats peuvent être rémunérés : celui qui part pour le travail accompli, celui qui reprend pour la suite. Le coût dépend du stade de la procédure, du volume de pièces et du délai restant. Le détail du fonctionnement figure sur la page consacrée aux honoraires prud’homaux.
Peut-on changer d’avocat avec l’aide juridictionnelle ?
C’est possible, mais le changement obéit à des règles particulières lorsqu’un avocat a été désigné au titre de l’aide juridictionnelle. Les conditions sont détaillées sur la page dédiée à l’aide juridictionnelle en matière prud’homale.
Vaut-il mieux attendre le jugement pour changer ?
Non. L’appel allonge fortement les délais et se joue sur un dossier déjà constitué en première instance. Si la défense ne vous paraît pas assurée, mieux vaut agir avant l’audience qu’après le jugement.
Comment choisir son nouveau conseil ?
Les critères utiles sont détaillés sur la page consacrée au choix d’un conseil en matière prud’homale. Le point déterminant reste la disponibilité réelle et la clarté des explications reçues lors du premier échange.
Votre audience approche et vous ne savez pas où en est votre dossier ? Appelez le cabinet au 06 68 57 01 02, du lundi au vendredi. Un premier échange permet de savoir s’il reste du temps, et ce qu’il est possible de faire. Le cabinet est situé au 6 rue des Halles, à Paris 1er, et les échanges peuvent se tenir à distance, par téléphone ou en visioconférence.
Cabinet Ngawa, avocat au Barreau de Paris, exercice exclusivement consacré à la défense des salariés. ©2026